• p.3 > Première partie > La Guyane à la veille de la Première Guerre mondiale

    I] La Guyane à la veille de la Première mondiale

     

    Quelle est la situation de la Guyane à la veille du conflit ?

     

    A) Une colonie française faiblement peuplée

    l A la veille de la Première Guerre mondiale, la Guyane compte environ 49 000 habitants. C’est la moins peuplée des quatre « vieilles colonies ». En effet, à cette époque, la Martinique (185 000 habitants) et la Guadeloupe (212 000 habitants) étaient beaucoup plus peuplées. La superficie exacte de ce territoire amazonien est incertaine à l'époque. Ainsi, certains estimaient sa superficie à 116 000 km² (Paul Laporte) tandis que le journal Officiel lui attribuait 88 240 km². (NB : Tout au long tu 20e s., on croira que la Guyane a une superficie de 90 000 km². On sait aujourd'hui que cette superficie est de 83 000 km²).

    l Le territoire guyanais faisait partie de l’immense empire colonial français qui avec une superficie d’environ 10 millions de km² était le plus grand après celui de l’empire britannique.   

    l La Guyane était une colonie sous-peuplée malgré diverses tentatives de peuplement. En effet, française depuis 1664, la Guyane a toujours été une colonie sous-peuplée. Il faut rappeler par ailleurs que les Amérindiens de Guyane ont été victimes du drame culturel et démographique provoqué par le contact d'avec les Européens comme ce fut le cas d'ailleurs pour tous les Amérindiens d'Amérique…

    l D’autre part, l’industrie sucrière guyanaise avait toujours reçu moins d’esclaves africains que les Antilles. L’échec de l’expédition de Kourou organisée par Choiseul (expédition de Kourou en 1763 qui avait fait environ 10 000 morts sur environ 12000 colons, décimés par la faim et la maladie) avait définitivement mis un terme à faire de la Guyane une colonie plus peuplée et plus développée. L’échec cuisant de cette expédition avait très fortement contribué à ternir la réputation de la Guyane et ce durablement. En outre, les conditions climatiques équatoriales, la nature guyanaise et aussi les difficultés de communication étaient perçus comme des handicaps rebutants par les colons et la mauvaise réputation de la Guyane comme nous l'avons dit était persistante. Ainsi, on estime sa population à environ 30 000 habitants en 1894 mais "grâce" au bagne, elle parvient avec l’arrivée notamment de condamnés chaque année à un peu moins de 49 000 en 1914. Dans ces 49 000 habitants, seuls 29000 constituaient la population civile (le reste étant les condamés, les noirs du fleuves, les Amérindiens comptés à part). Et encore ce chiffre peut être pris pour une estimation dans la mesure où la population civile (environ 29000) était moins bien recensée que les forçats. La population locale, qui offrait de faibles taux de natalité, augmentait donc surtout par le recours à une immigration organisée. D’ailleurs, l’une des raisons évidentes de l’intérêt, du maintien et du soutien à la colonie était l’existence du bagne (ou transportation) qui bénéficiait du budget le plus élevé de la colonie.

      

    B) Une colonie sous-développée marquée par la prédominance de l'activité aurifère 

    l La Guyane avait depuis le début du 19e s. une "économie" qui reposait sur ses quelques productions agricoles : productions vivrières et productions destinées à l'exportation (cacao, café, girogle, coton, rocou; production relative faible pour le sucre). A la veille de l’abolition de l’esclavage, la Guyane avait donc connu une relative prospérité avec la culture du cacao, du café, du roucou, du coton et surtout de la canne à sucre… La Guyane faisait donc figure de colonie agricole avec un "développement basé" sur le modèle des plantations/habitations et de l’exportation de certaines denrées agricoles. Cependant, les habitations étaient relativement peu nombreuses contrairement aux Antilles et la production sucrière n’était pas la production principale faute d’esclaves.

     

    Pendant longtemps le roucou (plante tinctoriale facile à cultiver bien connue des Amérindiens) fut la principale production de la colonie. Le cacao connut aussi un grand succès à partir de 1719. Le café – introduit en 1722 – et le cacao occupaient des proportions moindres. Le coton et l’indigo furent cultivés un temps avant de disparaître au 19e s.

      

    l Mais l’abolition de l’esclavage en 1848 avait posé de gros problèmes aux exploitations agricoles : en fait, la fin du système esclavagiste marqua la fin de l'économie basée sur les habitations. Beaucoup d'esclaves avaient peu à peu abandonné les habitations. Ainsi, l'abolition de l'esclavage de 1848 ne fut donc pas que l'abolition de l'esclavage. L'abolition de l'esclavage et l'accès des guyanais à la citoyenneté ont légué à la Guyane une économie en état de délabrement en étant en même temps à la base d'une nouvelle société créole dont l'évolution allait fortement se baser sur le plan politique sur une demande d' assimilation.

    l Mais deux événéments majeurs allaient "relancer" la Guyane. D'une part, la décision prise par Napoléon III d'installer le bagne en Guyane et d'autre part, le fait que ce fut vers cete époque que débuta l'exxploitation aurifère à partir de 1855 (NB : date à laquelle l'or fut découvert dans la région de l'Approuague par un Amérindien appelé Paoline), l’économie de la Guyane allait reposer alors en très gande partie sur l’activité aurifère

    Ainsi, à partir des années 1880, démarra donc ce qu'on appelle le "cycle de l'or" qui dura jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, on peut dire que l'or fut la principale production de la colonie : l'exploitation aurifère avait pris le relais des productions agricoles. Dans ce cycle de l'or, on peut distinguer une première phase qui s'étend de 1880 à 1916 dans la mesure où elle correspond à une phase de prospérité pour la colonie quasi-exclusivement basée sur l'exploitation de l'or, qui s'achève au lendemain de la Première Guerre mondiale avec ensuite deuxième phase qui correspond au déclin de la production aurifère. Voir tableau ci-dessous.

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     En fait, à la veille de la Première Guerre mondiale, la Guyane était un territoire « sous perfusion ». Malgré toutes les tentatives de mise en valeur, la Guyane ne comptait si on se fie aux documents de l'époque que 3800 hectares en culture. A partir du 3e quart du 19e siècle, la production aurifère était devenue l’activité la plus importante tandis que la démographique guyanaise restait faible à cause notamment d’un solde naturel très faible. A partir du milieu du 19e s. jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le "cycle de l'or" allait faire vivre la Guyane. A la veille de la Première Guerre mondiale, la Guyane n’était plus une colonie agricole mais était devenue la terre du bagne et surtout une colonie dont la principale activité était l'exploitation de l'or.

     

    C) Des Français à part désireux de défendre la mère patrie

    l La Guyane, colonie française depuis 1664 est donc sous le statut de colonie en 1914 et est administrée par un gouverneur assez puissant entouré d’une administration coloniale. Il existait à l'époque beaucoup de corruption et beaucoup de fraudes électorales. La Guyane était aussi dotée d’un Conseil Général, de conseils municipaux et les nouveaux citoyens élisaient au suffrage universel un député. L’abolition de l’esclavage en 1848 avait fait des anciens esclaves des citoyens français. Depuis l’abolition de l’esclavage, les habitants de la colonie avaient assimilé la culture française et une de leurs principales préoccupations était d’obtenir le statut de citoyens français à part entière; autrement dit l’assimilation complète : politique, sociale et économique. En effet, à cette époque, les Guyanais, bien qu’attachés à la mère  patrie et aux valeurs républicaines dispensées par l’école de la IIIe République, n’étaient pas complètement Français. Pourtant l’amour de la « Mère Patrie » était vif et beaucoup espéraient trouver dans la guerre une occasion de le prouver : prouver qu’ils n’étaient pas moins Français que le Français de France.

    l Toutefois, une des conditions fondamentales, qui reposait sur l’accomplissement du service militaire, n’était pas possible, car la loi de 1905 qui reconnaissait la conscription militaire pour tous les hommes (ceux des vieilles aussi !) n’avait pas été promulgué dans les colonies françaises qui étaient soumises donc à un régime d’exception. Pourtant le service militaire était - théoriquement - un droit reconnu aux « masses noires » en 1889. En effet, la loi du 15 juillet 1889 stipulait : " Les ministres de la guerre, de la marine et des colonies prendront, par décret ou arrêtés ministériels à chaque colonie l'application de la présente loi, notamment en ce qui concerne l'installation et le fonctionnement du service de recrutement, l'appel et l'incorporation du contingent et l'administration des réserves. "

    l Plusieurs raions expliquent cela: d'une part, nombreux étaient ceux qui considéraient que les habitants des colonies même français ne feraient pas de "bons soldats" s'ils était enrôlés dans l'armée métropolitaine notamment parce qu'ils étaient "indolents", rebuts à la discipline, à la compréhension des aspects techniques de la guerre, etc. En clair, ils faisaient l'objet de préjugés racistes et l'autre raison était le coût financier que cela allait engendrer vu les distances et les moyens logistiques qu'il aurait fallu mettre en oeuvre. Tandis que d'autres voyaient de multiples intérêts à recruter des soldats noirs, comme par exemple le lieutenant général Mangin qui avait essayé vers 1910 de populariser l'idée d'une "force noire". Cet intérêt pour un recrutement colonial permettrait notamment d'épargner la vie de soldats métropolitains.

    l Ainsi, dans les faits, en 1914, tous ceux qui tentèrent de s'engager à titre de volontaires pour aller défendre la patrie comme par exemple Gaston Monnerville en furent dans, un premier temps, empêchés. Et pourtant dans le cadre d'une guerre qui s'annonçait pratiquement inéluctable et pour faire face à l'imminence du conflit à partir de 1913, dans le contexte d’une Europe en état de « paix armée » et au vu des besoins en soldats qui allaient être importants, l’Assemblée nationale vota la loi du 7 août 1913 (ou loi de trois ans) qui concrétisait enfin la conscription dans les vieilles colonies. A partir de cette date, théoriquement, les soldats guyanais étaient susceptibles d'être mobilisés. Et pourtant, le gouvernement décidera de ne pas faire appel à eux dès les premiers temps du conflit pour les mêmes raisons citées plus haut (optimisme d'une guerre courte  ; intérêt militaire très faible selon certains et coût logistique important)                

     

                                                    résumé sonore

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     Ainsi, à la veille de la Première Guerre mondiale, la Guyane est certes une grande colonie mais elle est très faiblement peuplée et sous-développée; ses activités reposent avant tout sur l'exploitation de l'or,  le bagne et quelques maigres exportations agricoles.

    Elle est en fait "sous perfusion" et vit donc surtout d'importations. Dans ces conditions, la contribution de la Guyane au conflit ne pourra qu'être modeste que ce soit en hommes  ou  sur le plan économique et financier.

    Cependant,  les Guyanais ne sont pas soumis à l'obligation militaire jusqu'à la loi d'août 1913 qui permet enfin le recrutement de soldats créoles dans les vieilles colonies.