• p.6 > Conclusion

    l Un des faits les plus importants de la Première Guerre mondiale fut le recrutement de troupes indigènes. La contribution à l'effort combattant de la Guyane fut certes relativement modeste d'un point de vue numérique (1800 soldats envoyés au front) et n'a donc constitué qu'une force d'appoint mais cela s'explique logiquement par la faiblesse démographique de la colonie et non pas par manque d'esprit patriotique ou par de l'insoumission. La Guyane peut être fière d'avoir envoyé 1800 soldats qui se battirent vaillamment sur les fronts. Cette participation à l'effort combattant fut donc bien concrète et la Guyane comptabilise environ 280 morts originaires de presque toutes les communes de la Guyane à l'époque. C'est souvent avec courage que les soldats guyanais évoluèrent sur les fronts comme en témoignent de nombreux rapports notamment dans le Livre d'or du contingent de la Guyane ou la remise de médailles, de décorations et citations militaires. Leurs souffrances ont été à peu près les mêmes que celles des soldats métropolitains à part peut être, l'appréhension de découvir une métropole qu'ils connaissaient mais n'avaient jamais vue auparavant, et surtout les difficultés liées à l'adaptation climatique. La contribution à l'effort de guerre concerne aussi les populations civiles qui, à l'arrière, sont mobilisées moralement contre l'agresseur allemand et sont mises à contribution par des emprunts nationaux. Cette population certes éloignée des théatres du conflit mais subit, en raison notamment de la guerre sous-marine à outrance des pénuries et une importante inflation mais supporte aussi son lot d'inquiétudes et de souffrances morales concernant le sort de leurs proches ou l'annonce d'un décès.  Sur un plan économique et social, globalement, la Guyane et beaucoup de Guyanais sortent relativement plus appauvris du conflit. La guerre a contribué à agir comme un révélateur des problèmes économiques et de la dépendance de la colonie.

    l Il faut surtout retenir que l'élan patriotique manifesté par la grande majorité des Guyanais (soldats et civils) fut en quelque sorte une preuve d'amour envers la mère patrie des Guyanais francisés depuis 1848. Elle est en quelque sorte la réussite de l'assimilation qui était toutefois inachevée à cette époque. Tou cela semble aller dans le sens des mots suivants d'Albert Sarraut :

    "Ainsi ces colonies, regardées longtemps avec insouciance comme le luxe onéreux, mais indispensable au prestige extérieur d'une grande nation, montraient d'une façon éclatante au moment du péril, qu'elles pouvaient apporter un concours efficace à la défense de la métropole. Ces militaires que l'on croyait uniquement avides d'exploits et de faits d'armes personnels, ramenaient d'Afrique et d'Asie, au secours de la patrie, des régiments entiers de troupes entraînées et disciplinés, et ces colons, amoureux de risque et de fortune rapide, approvisionnaient la France de denrées de tous les continents. Les colonies n'étaient donc plus ces contrées lointaines où se jouaient le rêve et la fantaisie des littérateurs ! C'étaient des pays débordants d'une vie intense, riches en hommes, riches en matières premières, qui manifestaient leur vitalité à l'heure du plus grave danger. Par ces résultats positifs, l' "entreprise coloniale" montrait qu'elle "payait".

    Source: La mise en valeur, Albert Sarraut, ministre des colonies

     

    l On peut déplorer que de nombreux soldats aient eu beaucoup de mal à se réinsérer dans la vie civile de retour en Guyane en 1919. Et surtout que nombreux d'entre eux - pas tous - qui attendaient une plus grande reconnaissance ont été déçus comme le rapportent de nombreux témoignages.

    l Bien qu'il faille constater que la Grande Guerre, événement d'une ampleur sans précédent, n'a pas consitué un bouleversement majeur pour la Guyane dans la mesure où les diffilcutés économiques et sociales demeurent les mêmes et qu'il n'y a pas eu de progrès ou de récompense notable.

    l La période d'après-guerre ne voit pas d'amélioration notable de la situation économique sinon l'effondrement de l'activité aurifère; et la continuité de la puissance de l'administration coloniale et de la corruption comme le révélera l'affaire Galmot en 1928. Les lendemains de la Grande Guerre sont donc plutôt une période agitée sur le plan politique en Guyane.

     

    Retenir (conclusion générale)   

      

     Au moment du conflit, la Guyane est une colonie sous-peuplée et sous développée. Elle participe à cette guerre totale par une mobilisation humaine, morale, économique et financière ; mais modestement.

    Les soldats guyanais se sont battus avec vaillance et courage sur les fronts malgré leurs difficultés. Ils ont, en plus du froid auxquels ils n’étaient pas habitués, supporté les mêmes souffrances physiques et psychologiques que les poilus métropolitains.

     La guerre n'a pas eu de conséquences majeures pour la Guyane, elle n'a pas changé son destin mais après le conflit, les soldats et hommes politiques de la Guyane affichent souvent leur fierté d'avoir secouru la France, tandis que le vœu d'assimilation qui s'approfondit mettra en avant le fait que des Guyanais ont versé l'impôt du sang pour la patrie.